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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Notre Dieu est un feu dévorant

Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour le 20ème dimanche du temps ordinaire

Aujourd’hui, alors que nous sommes à la veille de la grande solennité de l’Assomption, alors que nous allons clore le grand jubilé de Notre Dame du Puy, je voudrais vous parler du feu dont il est question dans l’Evangile. Je vois dans cet Evangile très difficile un beau signe de la providence pour vous parler du ciel, puisque c’est bien de cela dont il s’agit. Jésus nous parle d’une manière voilée du jugement dernier, et demain, avec l’Assomption, il sera question encore du ciel et de l’éternité. La clé de toutes vos interrogations sur le ciel, l’enfer et le purgatoire, sur le jugement dernier et son lien avec nos actions terrestres, se trouve dans cette magnifique réalité dont parle Jésus au début de cet Evangile : le feu.  N’êtes vous pas étonnés de voir combien ce terme, dans la bible et dans la tradition chrétienne, est utilisé pour des réalités qui semblent bien différentes voire contradictoires. On parle du feu de l’enfer, du brasier d’amour qu’est le cœur de Dieu. On l’associe aussi au purgatoire. On le retrouve ici dans la bouche de Jésus où il est associé au zèle qui embrase le cœur. On le retrouve dans le langage symbolique de l’amour ou il est employé en permanence : « Ô Ursule, de toi d’amour, mon cœur brûle ! » Comment ce mot peut il à la fois désigner le ciel et l’enfer, le temps et l’éternité, mon pauvre amour humain comme celui de Dieu. Dans la bible ce mot se trouve à de multiples endroits. Il se trouve en particulier au centre de la grande révélation  de Dieu à Moïse dans l’épisode du buisson ardent, qui brûle sans se consumer.  Effectivement la réponse, c’est que le feu, dans la Bible, comme dans notre langage, désigne Dieu lui-même. Il est ce feu pascal autour duquel nous nous réunissons la nuit de la résurrection. Il est symboliquement présent dans le cierge et tous ces lumignons. Cette réalité du "feu de Dieu" va même nous aider à résoudre cette énorme contradiction : si Dieu est créateur de tout ce qui existe, comment a-t-il pu créer l’enfer ? Comment cette réalité peut-elle échapper à Dieu ? Si l’enfer est l’absence de Dieu, comment comprendre cette absence de Dieu. Pour répondre correctement, il faut dire ceci : Dieu est amour, Dieu est un feu d’amour, et si je veux entrer en contact avec Dieu, si je veux ressembler à Dieu, si je veux entrer dans son éternité, dans son paradis d’amour, je dois moi-même lui ressembler, je dois moi-même être « de feu ». C’est pour cela que Jésus veut tous nous embraser ! Si je suis brûlant d’amour alors je ressemble à Dieu, je vis de Dieu, et je n’ai rien à craindre de Lui. Je suis déjà d’une certaine manière au paradis. Si je suis tiède, si je ne suis ni froid ni chaud, si je suis un peu médiocre. C’est mon cas ! C’est le cas de beaucoup d’entre nous ! Nous voudrions être embrasés d’amour. Nous voudrions être déjà des saints mais il nous reste une marge de progression parce que nos cœurs sont encore partagés. Alors nous avons tout intérêt à nous laisser brûler par Dieu, à entrer en contact avec lui pour qu’il brûle nos imperfections, qu’il brule nos péchés. Mais cela fait mal. Cela fait même très mal…à notre égoïsme, à notre moi, à notre orgueil, à notre volonté de puissance et de domination. Sortir de soi, aimer en vérité, cela fait mal à tout ce qui en nous est froideur et indifférence…à tout ce qui est froideur !!! Mais nous avons encore la liberté et le désir de progresser, d’avancer vers ce feu qui est, nous le savons, notre bonheur. Je crois que cette progression, cette purification, c’est ce qu’on appelle le purgatoire. Le mot même signifie d’ailleurs « purification ». Ce purgatoire est déjà commencé. On l’appelle le combat spirituel, la lutte, en nous, contre tout ce qui n’est pas amour. Dans sa grande miséricorde, à cause de notre péché, le Seigneur permet que cette purification se prolonge aussi après notre mort. Oui le Seigneur veut nous embraser tout entier. Et d’ailleurs nous n’accepterions pas d’entrer en sa présence sans lui ressembler. C’est d’ailleurs le fait de nous approcher de lui, feu d’amour, qui nous purifie. Le purgatoire, c’est cette progression vers lui, qui brûle tout ce qui n’est pas pur amour. La Vierge Marie, les saints sont justement ceux dont le cœur est déjà tout brûlant d’amour. Souvenez-vous du cantique des trois enfants, que nous chantons le dimanche matin : les trois enfants sont jetés dans la fournaise de feu et ils dansent, et le feu ne leur fait pas mal, alors que ceux qui les ont condamnés sont brûlés. Tout ce que je viens de vous dire se trouve symboliquement dans ce passage du livre de Daniel. Ils sont tellement « de feu », comme les saints, que le feu de Dieu ne leur fait pas mal, qu’ils sont même attirés par lui.

En revanche, l’enfer, c’est lorsque mon cœur est si froid, qu’il ne peut supporter le contact avec le feu. C’est lorsque mon cœur est si plein de haine qu’il ne peut supporter la moindre parcelle d’amour. Dans ce cas, effectivement, l’enfer, c’est les autres, l’enfer, c’est  Dieu lui-même qui me devient insupportable, comme le contact avec les autres. Même le contact avec moi-même m’est insupportable. L’enfer c’est le refus absolu de l’amour. Alors, bien sûr que l’enfer existe, comme une possibilité de refuser l’amour de Dieu, comme une possibilité pour moi de me détourner définitivement de lui, de rester dans mon froideur absolue, mon indifférence et ma haine. L’amour impliquant la liberté, la possibilité de son refus  est nécessaire. Dieu ne peut pas me forcer à m’avancer vers lui, à l’aimer et à le choisir, même si c’est son plus grand désir, parce qu’il m’aime. Alors, la solution, c’est de répondre à l’appel de Jésus, c’est d’accepter d’être embrasés par son amour, comme la Vierge Marie, et cela n’est pas seulement un sentiment subjectif, mais un choix de vie : le choix de préférer l’autre à moi-même, le choix de me donner, le choix de pardonner, le choix d’aimer, même ceux qui ne m’aiment pas, le choix de vivre pleinement l’Evangile, et ce choix doit être un choix d’aujourd’hui. Dieu est l’éternel présent. Il attend que nous nous tournions vers lui dès maintenant. Alors, si nous sommes capables d’aimer comme lui, à la suite de Marie, si nous nous laissons aimer par lui, façonner par lui. SI nous lui ressemblons, alors, l’éternité est déjà commencée et nous ne craignons plus rien de ni de Dieu, ni de son amour qui doit brûler en nous tout ce qui n’est pas lui, ni de son feu qui devient bienfaisant. Amen