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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Nous ne sommes que des serviteurs inutiles

Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour le 14ème dimanche du temps ordinaire

La liturgie nous a proposé toute cette semaine et aujourd’hui encore de belles figures prophétiques qui nous font entendre avec force et douceur, la parole de Dieu et sa volonté sur nous. Oui le Seigneur agit à notre égard tantôt avec douceur, tantôt avec force, tantôt en manifestant sa tendresse tantôt en rappelant sa justice mais toujours avec cette miséricorde qui allie amour et vérité, justice et paix. Oui la parole de Dieu sait s’adapter, s’ajuster aux circonstances, non pas parce qu’il est changeant et hésitant mais parce qu’il est vivant et que ce qu’il veut établir avec nous c’est une relation vivante. Il s’ajuste à nos pauvres forces, à notre faiblesse pour que son exigence ne dépasse jamais ce que nous sommes capable de donner. Il ne veut pas nous décourager. Pendant la semaine dernière il nous a envoyé Amos, ce prophète qu’il a pris du milieu de troupeau, qui « pinçait » les sycomores (tout un programme), donc qui était bien tranquille sous le soleil, pour lui confier la mission de rétablir la justice et l’honneur des plus pauvres faces à des prêtres qui ne pensaient qu’à eux, à leurs richesses et à leurs honneurs. Pour défendre le pauvre, le Seigneur, par Amos, a pris la voix sévère de celui qui condamne ceux qui sont repliés sur eux-mêmes, qui ne pensent qu’à eux, au détriment des autres. Sachons parfois entendre cette voix puissante de Dieu qui nous avertit lorsque nous n’en faisons qu’à notre tête ; sachons écouter cette patience de Dieu qui nous éduque parfois en nous corrigeant. Aujourd’hui, par le prophète Isaïe, sa miséricorde prend des accents plus tendres, plus maternels. Il nous donne l’espérance lorsque nous sommes tentés de désespérer. Lorsque le prophète nous invite à nous réjouir, à exulter, lorsqu’il veut nous consoler, c’est parce que nous sommes tristes, que nous manquons d’espérance, que nous vivons de grandes souffrances. Alors vous qui êtes dans la souffrance, dans le doute et la détresse sachez entendre cette voix de Dieu qui vous dit : « vous goûterez avec délice à l’abondance de sa gloire…vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi je vous consolerai. » A l’époque d’Isaïe, il s’adressait à d’anciens déportés qui revenaient dans un pays en ruine et qui avaient bien besoin de ces paroles consolantes du Seigneur. Aujourd’hui, c’est bien à nous qu’il s’adresse par ces mêmes mots, lorsque nous sommes dans la peine.

La deuxième lecture dit la même chose, mais différemment : « Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ soit ma seule fierté ». Ne vous inquiétez pas, saint Paul n’est pas masochiste ; il ne fait pas l’éloge de la souffrance. Lorsqu’il parle de la croix du Seigneur, de sa passion, il faut comprendre qu’il parle de la totalité du mystère pascal, par lequel le Fils de Dieu se donne tout entier, sans réserve et par amour. Notre espérance, c’est que nous sommes aimés, concrètement. Il n’a pas hésité à verser son sang pour nous. Nous sommes sauvés également, puisqu’à la mort succède la vie. Oui il est ressuscité ! Notre mort est morte dans son combat victorieux. C’est aussi ce que nous proclamons dans le grand jubilé du Puy, lorsque nous sommes conduits de l’Annonciation au mystère pascal, pour signifier que le Seigneur ne nous abandonne jamais, du premier au dernier jour de notre vie, dans les moments joyeux comme dans les moments douloureux. Il ne fait pas que nous sauver, il nous invite à entrer dans ce mystère de salut, à en être acteurs. Etre crucifié pour Lui, comme le dit saint Paul, c’est accepter de tout donner, c’est accepter cette voix de bonheur qui nous sort de nous-mêmes, de notre égoïsme, de notre péché, pour nous inviter à enfin considérer les autres avant nous ; leur bonheur avant le nôtre. Alors nous serons comblés d’une joie qui nous dépasse parce qu’elle ne vient pas de nous et ne s’arrête pas à nous ; c’est la joie de l’amour.

Enfin, dans l’évangile, Jésus nous donne des conseils pour la mission. Il envoie ses disciples deux par deux pour qu’ils ne soient pas tentés de s’attribuer à eux-mêmes les succès de la mission, et il leur dit de commencer par prier. Nous rejoignons ici la mission du prophète. Le prophète obéit à un ordre divin, il répond à un appel, à une vocation. Cette vocation ne vient pas de lui et ne s’arrête pas avec lui. Au moment ou des prêtres, où des sœurs de saint Jean, quittent la cathédrale pour une nouvelle mission, nous pouvons nous croire abandonnés. Alors écoutons la voix du Seigneur qui nous dit : "Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse", parce que je suis toujours avec vous. Les instruments, avec leurs qualités et leurs défauts ne font que passer. Le Seigneur demeure. Il se donne par d’autres instruments. Certes le changement est difficile parce que nous devons quitter certaines habitudes pour en adopter d’autres. Parce que nous sommes humains aussi et que des amitiés se sont liées. Nous sommes bousculés, mais c’est parce que le Seigneur est vivant, que nous aussi, nous sommes vivants. Le changement, c’est le signe que le corps est vivant, qu’il évolue. Le Seigneur nous oblige à ne pas trop nous attacher aux instruments pour que nous soyons solidement ancrés en lui. D’ailleurs, lorsque les disciples sont tentés de se glorifier, le Seigneur les invite à ne pas se réjouir des succès de la mission, puisqu’il lui même la source de toute fécondité et que nous ne sommes que des serviteurs inutiles, mais il les invite à se réjouir parce que leurs noms sont inscrits dans les cieux. Il s’agit là d’une évocation de la sainteté ; Alors en toute chose demandons au Seigneur l’essentiel : que nous soyons des saints ! C’est-à-dire que nous nous laissions transformer, sanctifier par la grâce de Dieu. Tout le reste n’a que peu d’importance et dépend de Dieu. Prions donc pour que les sœurs qui nous quittent fassent la volonté de Dieu dans leurs nouveaux apostolats.  Prions pour que moi-même je me sanctifie dans la pauvreté intérieure et l’obéissance à ce que le Seigneur attend de moi, Prions pour que le père Olivier, le père Denis se sanctifient dans les nouvelles missions qui leur seront confiées. Prions pour que chacun de vous, en obéissant à votre nouveau pasteur et en vous laissant toucher par la façon dont les nouvelles sœurs servent le Seigneur et témoignent que lui seul suffit, vous parveniez à la sainteté, c’est-à-dire à la plénitude de la joie, à la suite de Marie. Elle est celle qui ne retenait rien pour elle mais qui, en toute occasion rendait grâce à Dieu et faisait de sa vie une vivante offrande à la louange de Sa gloire. Alors nous pourrons chanter avec elle : Sa miséricorde s'étend d'âge en âge. Amen.