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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Nous sommes invités à faire mémoire de notre propre baptême

Homélie prononcée par le père Olvier Mabille
Fête du Baptême du Christ, le dimanche 10 janvier 2016

En cette fête du baptême du Christ qui clôt la période liturgique de Noël nous sommes témoins de la première manifestation trinitaire. Que voyons-nous ? L’eau du fleuve s’écarte pour laisser passer Celui qui est le Vivant, le Christ, l’Esprit atteste à notre esprit qu’Il est Fils de Dieu, la voix du Père retentit : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé : en toi, je trouve ma joie. »

 

Avec la célébration de la fête du baptême du Christ, la liturgie développe et prolonge le cycle des manifestations de Jésus, commencé par la célébration de la Nativité et poursuivi par la fête de l'Epiphanie célébrée dimanche dernier. A travers ces différents épisodes, c'est la même réalité qui est mise en scène, l'irruption de Dieu lui-même dans le monde des hommes.

- Dans la nuit de Bethléem, un enfant nouveau-né est donné comme signe aux bergers qui doivent reconnaître en lui le Messie ;

- A l'Epiphanie, une étoile guide les mages venus des pays païens pour reconnaître le roi des Juifs.

- Aujourd'hui, lors du baptême du Christ, les cieux s'ouvrent et une voix se fait entendre pour nous le présenter comme le Fils bien-aimé du Père ».

 L'Epiphanie annonce donc déjà le baptême du Christ, nous faisant ainsi faire en une semaine liturgique un bond de... 30 ans !

La semaine dernière, L'antienne du chant du magnificat, aux vêpres de l'Epiphanie, indiquait que cette fête synthétise trois événements : "Nous célébrons trois mystères en ce jour. Aujourd'hui l'étoile a conduit les mages vers la crèche ; aujourd'hui l'eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd'hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver, alléluia". L'Epiphanie annonce donc déjà le baptême du Christ, nous faisant ainsi faire en une semaine liturgique un bond de... 30 ans !

 

Ainsi, nous sommes propulsés de "Jésus enfant" à "Jésus adulte". Nous passons de la sphère "privée" autour de la Sainte Famille, des Mages, des Bergers et des Anges à Bethléem en Judée à la sphère "publique" qui correspond au "lancement" du ministère de Jésus, avec Jean-Baptiste et avec la foule des pécheurs venus se faire baptiser par lui dans le Jourdain.

 

A travers ces différentes étapes de l'Évangile, nous sommes invités à reconnaître un des aspects les plus extraordinaires de notre foi chrétienne : Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus-Christ auquel nous croyons, le Dieu invisible, inconnaissable d'une certaine façon, le Dieu qui se définit par ce qu'il n'est pas comme nous, parce qu'il est Tout Autre, ce Dieu que la tradition juive interdit de représenter pour que nous ne le réduisions pas à une idole, ce Dieu vient vivre notre existence humaine. Il n'envoie pas seulement un messager comme il l'a fait tant de fois au cours des siècles de la Première Alliance. Il vient lui-même en envoyant son Fils, son unique.

L'acte de la foi chrétienne, c'est de reconnaître dans cet enfant nouveau-né à Bethléem ou dans cet homme accompli qui vient demander le baptême de conversion au milieu des pécheurs, Dieu lui-même qui vient au plus près de nous.

L'acte de la foi chrétienne, c'est de reconnaître dans cet enfant nouveau-né à Bethléem ou dans cet homme accompli qui vient demander le baptême de conversion au milieu des pécheurs, Dieu lui-même qui vient au plus près de nous. Comment imaginer qu'Il se rende davantage proche de l'humanité en partageant le chemin des pécheurs, sans entrer pour autant dans leur péché. Cet homme absolument comme nous, identique à chacun et à chacune d'entre nous, cet homme est Dieu. Il est Dieu lui-même venu sur la terre et c'est pourquoi les cieux se sont ouverts.

Que se passe-t-il au Baptême du Christ ? Jean Baptiste prêche un baptême de conversion, dans les eaux du Jourdain, annonçant la venue de celui qui baptiserait dans l'Esprit Saint. Chez Saint-Luc que nous venons d’entendre, Jean se sait indigne de dénouer la courroie de ses sandales.

Dans les quatre évangiles, le Baptiste atteste, témoigne, de ce qu'il a vu et entendu : dès que Jésus a été baptisé : il a vu les cieux s'ouvrir, une colombe descendre sur Jésus symbolisant l'Esprit Saint ; il a entendu la voix du Père. La foule présente en est aussi témoin.

 

Les Pères de l'Eglise en ont déduit deux choses importantes :

d'une part, Jésus, avec humilité, revêt symboliquement l'humanité pécheresse en la plongeant dans les eaux du Jourdain, et la délivre de la mort ;
d'autre part, nous sommes témoins de la première manifestation du Dieu Trinité.

 

Et nous, Aujourd’hui, chacun d’entre nous, quand nous demandons le baptême à l'Église, nous ne faisons pas autre chose que d'appeler sur nous cette parole du Père qui vient nous dire : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ». Celui-ci, celle-là, qui n'est en rien différent de tous ceux qui l'entourent, dont l'existence ne diffère à première vue en rien de l'existence de tous nos contemporains, devient à la fois signe d'une autre réalité au cœur de cette existence humaine, et acteur de la présence de Dieu au milieu des hommes. L'enfant qui est baptisé, le jeune qui est baptisé, l'adulte qui est baptisé n'est plus simplement une créature de ce monde, il reçoit en lui par l'effet du sacrement, par l’eau et par l’onction, il reçoit la marque de Dieu présent, vivant et agissant.

 

Nous sommes invités à regarder notre baptême non pas simplement comme une sorte de ticket d'entrée dans l'Église, - avant, on était dehors ; après, on est dedans -, mais comme un changement qui touche toute notre personne, notre esprit, notre cœur, notre liberté, notre volonté, nos capacités d'aimer, de construire, de réaliser quelque chose en ce monde, marqués que nous sommes par l'Esprit qui descend sur nous, éveillés que nous sommes par la Parole du Père qui nous désigne comme ses enfants. Avec Jésus nous sortons de l'eau pour une vie nouvelle qui est une vie de créature divine, si on peut parler de « créature divine » : la vie d'un homme, d'une femme habitée par la présence de Dieu, témoin de la présence de Dieu, acteur de la présence de Dieu. Nous allons tellement de chance de pouvoir bien le revivre tout au long de l’Année Sainte de la Miséricorde, doublée du Jubilé diocésain dont le compte à rebours marque que c’est dans 76 jours !

 

Frères et sœurs, s’il en est ainsi dans la vie des 2,5 milliards de chrétiens sur la Terre, nous n’avons rien à craindre malgré la violence et les relents de mort qui agitent notre maison commune : « ne nous laissons pas voler notre espérance et notre joie de vivre ! » comme le dit François.

 

Ainsi donc, en faisant aujourd'hui mémoire du baptême du Christ, nous sommes invités à faire mémoire de notre propre baptême, à reconnaître cette puissance de l'action de Dieu dans nos vies, à mettre notre espérance dans la parole qu'il a prononcée sur nous : « Tu es mon fils, aujourd'hui je t'appelle et je t'envoie », « Tu es mon fils, en toi, je trouve ma joie ».

Et répondons nous-mêmes par notre propre acquiescement :

 

« Aujourd’hui, tu m’appelles,

aujourd’hui tu m’envoies ! »

Amen.

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