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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Pour se recentrer sur l’essentiel, il faut savoir se décentrer de soi-même

Homélie du père Gobilliard, mercredi des cendres

Nous le redoutons un peu ce mercredi des cendres qui nous oblige à faire des efforts, à jeûner, à aller à la messe.  Pourtant ce temps du carême, dont le premier jour est un peu comme l’annonce, la sonnerie, est un temps béni où nous allons pouvoir redevenir ce que nous sommes, où nous allons pouvoir, pour employer un terme à la mode, nous recentrer. Mais les chrétiens, quand ils se recentrent, ils ne se regardent pas le nombril, mais ils se tournent vers Dieu. C’est ce à quoi Le Seigneur nous invite dans la première lecture : "Revenez à moi de tout votre cœur !" Le voilà le paradoxe qui devrait nous réjouir. Je ne peux me recentrer, en d’autres termes, pour paraphraser le concile, je ne peux me trouver que dans le don désintéressé de moi-même. C’est dans le don, c’est dans la charité, c’est dans l’amour de Dieu que je donne un sens à ma vie, que j’y retrouve le véritable sens, que je deviens heureux. Le vrai bonheur, c’est de ne pas y penser. Ceux qui pensent à être heureux à longueur de journée, ne le sont finalement jamais. Ils attachent trop d’importance à leur corps, à leur bien-être, à leur carrière, à leur image extérieure, à leur moi et ils courent après une chimère. Le mercredi des cendres nous rappelle que le vrai bonheur se fait oublier. D’ailleurs nous employons cette expression lorsque nous disons d’une personne qu’elle s’oublie en l’autre. La bien-aimée s’oublie dans les yeux du bien-aimé, comme les parents sont heureux d’être tout au bonheur de leurs enfants. Quelle joie aussi d’être à ce point passionné par un travail qu’on n’en voit pas le temps passer. En fait, aujourd’hui le Seigneur nous dit, à longueur de lectures, de nous tourner…vers lui, vers les autres. La voilà la véritable humilité. Le carême est aussi une belle école d’humilité. L’humilité ce n’est pas de ne rien faire, de se dévaloriser en permanence. D’ailleurs celui qui ne cesse de dire qu’il n’est rien, qu’il ne vaut rien, continue de parler de lui. Non l’humilité, c’est de s’oublier dans le don de soi, être tendu vers un objectif, et le seul objectif qui soit digne de ce que le Seigneur attend de moi, c’est d’aimer en vérité. Alors ne jeûnez pas pour faire une performance, pour vous prouvez à vous-mêmes que vous en êtes capables, ou pour maigrir ; jeunez pour aimer, jeunez pour grandir, pour vous sanctifier. Alors, pour rentrer dans le concret, je vais vous donner un exemple de réflexion autour de la question du jeûne. Si quelqu’un vient me voir en me disant qu’il a choisi de ne plus mettre de sucre dans son café, j’aurais probablement un petit sourire interrogatif. Je préférerais probablement que cette personne remplace son temps prolongé passé devant la télévision par une lecture, et si possible une lecture qui la fasse grandir. Je préférerais qu’elle diminue son temps de présence devant facebook pour qu’elle écrive de vraies lettres à ses proches ou qu’elle fasse une visite à ses grands-parents. En fait, pour se recentrer sur l’essentiel, il faut savoir se décentrer de soi-même. Le carême est aussi une école de la gratuité. Apprenez à poser des actes qui resteront inconnus, sauf de Dieu qui voit dans le secret et qui préfère nettement le secret du cœur au tintamarre de la gloriole ou de la mondanité.  Nous vivons dans un monde de la comparaison, de la performance et de l’apparence. Tout cela nous rend tristes, nous rend jaloux ou envieux, nous fatigue. Le Seigneur veut que nous nous reposions en lui, que nous nous tournions vers lui. Nous apprendrons alors à être aimés en vérité, à être réconfortés par celui qui ne compare jamais mais qui regarde chacun de nous comme s’il était unique. Pendant ce carême du jubilé de la miséricorde, laissons nous toucher par son pardon, par cette action extraordinaire de sa miséricorde qui nous relève  et redonne sens à notre vie, qui nous révèle enfin à nous même dans la lumière de son amour. Vivons aussi ce carême comme une magnifique préparation au grand jubilé de notre Dame du Puy, et pour cela vivons le carême avec Marie. Imitons sa joie empressée lorsqu’elle est partie aider sa cousine, imitons son attention aux besoins de nos frères et, comme à Cana demandons à Jésus de répondre lui-même à leurs attentes ; prenons avec elle, résolument, le chemin de la croix, le chemin du don de soi, de la compassion et de l’amour inconditionnel.

"En la suivant, on ne dévie pas ;
en la priant, on ne désespère pas ;
en pensant à elle, on ne se trompe pas ;
Si elle te tient par la main, tu ne tomberas pas ;
si elle te guide, tu ne connaîtras pas la fatigue ;
si elle est avec toi, tu es sûr d'arriver au but."
Saint Bernard