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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Restons éveillé pour voir les merveilles de Dieu autour de nous!

Homélie du père Roland BRESSON pour le 2éme dimanche de Carême

En ce deuxième dimanche de Carême, chaque année, nous avons la grâce de monter sur la montagne du Thabor avec Pierre, Jacques et Jean, et d'être les témoins de la Transfiguration de Notre Seigneur.

 

         Montons, montons encore avec Jésus et ses trois apôtres « sur une haute montagne ».

         La montagne, depuis toujours est le haut lieu favorable à la rencontre avec Dieu. Voyez comment, ici même sur ce rocher qui est sous nos pieds (en tout cas ici, près de l'autel) les hommes de la préhistoire ont hissé un dolmen, on cherché à symboliser leur espérance en une vie après la mort. Chaque fois que nous montons ici, c'est pour rencontrer Dieu : rappelons-nous en bien toujours, à la suite de Marie qui fit appeler ici cette femme malade du Ve siècle et ces millions de pèlerins à sa suite, dont nous faisons partie.

         Rencontre avec Dieu... Jésus est en prière, nous dit avec précision l'évangéliste saint Luc.

         Pour les trois apôtres, gravir la montagne a signifié d'être enveloppés par la prière de Jésus et de le rencontrer vraiment tel qu'il est. Jésus se retirait souvent pour prier, en particulier à l'aube et après le crépuscule, et parfois toute la nuit. Mais c'est seulement cette fois-là, sur la montagne, aujourd'hui, qu'Il a voulu manifester à l'extérieur, à ses amis, la lumière intérieure qui l'emplissait lorsqu'il priait.

         Finalement nous ne venons pas ici pour prier seule-ment, nous venons ici pour participer à la Prière de Jésus comme les trois apôtres : c'est d'ailleurs cela la messe : c'est la prière de Jésus : de Jésus et de son Corps que nous formons ensemble, et avec lui notre chef, notre tête, qui prie, s'offre au Père dans l'hostie, et se donne à nous dans la communion.

         F. & S., en priant, Jésus se plonge en Dieu, s'unit intimement à Lui, adhère avec sa volonté humaine à la volonté d'amour du Père, et ainsi la lumière l'envahit et la vérité de ce qu'il est vraiment devient visible. Il est « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière. »

         F. & S., la prière n'est pas une "option", mais elle est une question de vie ou de mort. En effet, seul celui qui prie se confie à Dieu avec un amour filial, peut entrer dans la vie éternelle, et cette vie qui ne finit pas est Dieu lui-même. Si nous ne prions pas, nous sommes condamnés à nous épuiser spirituellement, moralement et même physiquement dans l'activisme. Nous sommes condamnés à ne pas savoir pour qui nous sommes-là : les épreuves nous accablerons, nous serons condamnés tous les jours à critiquer ce qui ne va pas, ceux qui nous méprisent, à critiquer ce monde déboussolé, les anti-chrétiens, les adversités de tous les jours, la mort hideuse et injuste qui nous guette tous... sans la prière, ceux que nous aimons sont un sujet de désespoir lorsque la mort nous les arrache. La prière doit être pour nous ce qu'elle était pour Jésus : une adhésion à la volonté de Dieu : « Père, que ta volonté soit faite » : dans le bonheur que nous avons de pouvoir et savoir prier. « Père, non pas ma volonté, mais la tienne » : dans les épreuves comme Jésus, lors de son agonie.

         Pensons à cet étonnant parallèle entre la transfiguration glorieuse de Jésus et son agonie douloureuse : les mêmes trois apôtres sont là, la même attitude de prière dans le cœur de Jésus, le même sommeil envahit les apôtres, le même sujet de conversation entre Jésus et Moïse et Elie sur le Thabor que d'angoisse sans fond à Gethsémanie : sa mort, à Jérusalem.

         Arrêtons-nous encore sur la prière : car nous n'oublions pas qu'elle est une des trois grandes œuvres du Carême et de notre vie chrétienne, avec l'aumône et le jeûne.

         Posons nos regards sur les trois disciples, un peu comme le peintre du XIIe siècle l'a fait sur eux en peignant cette admirable transfiguration que vous avez peut-être oublié de regarder en entrant, à droite, sous la cathédrale. « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus ». Ils tombent de sommeil.           Ce sommeil mystérieux c'est l'attitude de celui qui, tout en étant spectateurs des merveilles de Dieu, ne les compren-nent pas. Combien sont dans ce cas autour de nous ! Quelle douleur lancinante en nos âmes quand nous rencontrons des frères humains qui admirent la création, la vie, la musique, leur travail, ou qui expriment leur bonheur familial. Finalement ils font comme le Créateur : ils voient « que cela était bon ». Mais il ne voient pas celui qui est à la source de la beauté, de la vérité, de bonté et qui peut les surmultiplier.

         Mais peut-être que nous les premiers : nous sommes endormis : devant toutes ces merveilles de Dieu, nous sommes habitués... c'est le plus terrible... nous avons la tête ailleurs... et non pas les yeux fixés sur le terme de notre foi.

         Seule la lutte contre la torpeur qui les assaille permet à Pierre, Jacques et Jean de "voir" la gloire de Jésus : « mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus ».

         Luttons nous-aussi pour prier. La prière est cette veille quotidienne : je reste éveillé, Seigneur, pour pouvoir contempler ta gloire, quand tu voudras, si tu veux me la révéler, si jamais tu venais à te manifester à moi, et que je ne sois pas en prière, en veille : alors : je ne pourrait pas avoir cet avant-goût du ciel que tu veux m'accorder.

 

 

         Ne commençons pas à accuser Dieu de ne point nous donner de signe, de ne pas exaucer nos tièdes prières, commençons par nous interroger et peut-être nous accuser de ne pas rester éveillés pour le guetter, de ne pas prier...

         F. & S., il est temps de s'arrêter. Vraiment, chaque mot, chaque expression, chaque phrase de ce récit de la Transfigu-ration devrait habiter nos pensées et nos prières cette semaine. Nous y trouverons tant d'enseignement concrets !

         La vision touche à sa fin : Lorsque l'on a la grâce de faire une profonde expérience de Dieu, c'est comme si l'on vivait quelque chose d'analogue à ce qui eut lieu pour les dis-ciples au cours de la Transfiguration : pendant quelques ins-tants, l'on a un avant-goût de ce qui constituera le bonheur du paradis. Il s'agit en général de brèves expériences, que Dieu accorde parfois, en particulier en vue d'épreuves difficiles.

         Alors la voix sort de la nuée : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi :écoutez-le ! » Ecoutons-le donc : ouvrons l'Evangile, lisez l'Evangile ! Ce n'est pas moi qui le dit : c'est la voix même du Père qui nous l'ordonne : « écoutez-le ! »

         "Jésus seul", c'est tout ce qui est donné à la fin aux disciples et à l'Église de tous les temps : c'est ce qui doit suffire pour le chemin. C'est lui la seule voix à écouter, le seul à suivre, lui qui, en montant à Jérusalem, donnera sa vie et qui un jour, « transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. »

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         L'artiste (Portal) qui a sculpté l'autel de notre cathédrale nous montre Marie en prière. Marie n'est pas seulement la belle jeune fille de Nazareth mais la créature transfigurée par la grâce venant déjà de la mort de son Fils.

         Marie... qui intercède déjà et depuis longtemps pour la multitude des pèlerins qui viendront se réfugier à l'abri de sa miséricorde lors du Grand Pardon, du Jubilé de Notre-Dame du Puy qui commence dans trente-et-un jours.

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