Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
Navigation

Soyons déterminés à espérer contre toute espérance, à aimer au delà de nous-mêmes

Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour le 13ème dimanche du temps ordinaire

Dans les lectures d’aujourd’hui il est question de la mission, de la liberté et de la vocation. L’Evangile nous parle de la mission et de la détermination sans faille de Jésus à l’accomplir. Saint Paul nous par le de la vraie liberté et la première lecture, dans le livre des rois, nous parle de la vocation.

Elisée est bien tranquillement en train, justement, d’accomplir sa mission. Sa mission est d’être un agriculteur qui cultive son champ, lorsqu’Elie, tel l’ouragan qu’il est, l’interpelle par un geste prophétique, un geste symbolique. Il jette son manteau pour lui signifier qu’il sera son successeur. Il était un paisible agriculteur, il deviendra un prophète d’Israël, et toutes ses fausses excuses n’y feront rien. Remarquez que l’appel surgit au cœur de la vie quotidienne. L’appel de Dieu est bien éloigné des images un peu sulpiciennes où l’on voit la Vierge Marie, pieusement en oraison sur son prie-Dieu, attendre la visite de l’ange. Même si cette image dit quelque chose de vrai et de très profond, que la Vierge Marie était en permanence à l’écoute de Dieu et que sa prière faisait partie de sa vie quotidienne, le sens de tout cela c’est que l’appel de Dieu surgit dans notre vie, lorsque nous sommes en pleine action, lorsque nous nous donnons, lorsque nous vivons. Nous ne vivons de vrais rencontres, qui peuvent bouleverser une vie et révéler une vocation que si nous acceptons de sortir de nous-mêmes. La voilà justement la liberté dont parle saint Paul dans la deuxième lecture. Il nous met en garde contre une liberté qui n’est qu’un repli sur soi, en particulier lorsqu’il dit : « Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. » Saint Paul a raison. Nous sommes si souvent esclaves de notre égoïsme. Nous regardons trop souvent la réalité à l’aulne de nos propres pensées, de nos propres jugements. D’ailleurs nous avons bien du mal à sortir du jugement. Dès que nous jugeons, je parle des jugements négatifs, nous tombons sous le coup de ce dont parle saint Paul. Nous devenons esclaves de notre péché et notre jugement est faux et stérile. Le jugement est bien différent de la correction fraternelle, qui est transmise par un ami dont le seul but est notre sanctification, donc notre bonheur. Mais alors, ce type de correction fraternelle ne peut se faire que de personne à personne et dans la charité. C’est ce que fait Jésus dans l’Evangile. Il est exigeant. Très exigeant, mais il commence par s’appliquer cette exigence à lui-même. Le front tendu, ce qui exprime dans le langage biblique la détermination, Jésus monte vers Jérusalem pour accomplir sa mission. De nombreuses personnes lui ont certainement dit : « Prends bien soin de toi ! » Mais l’heure est grave. Il doit choisir de monter à Jérusalem. Il doit choisir de donner sa vie sans regarder en arrière. Nous sommes proches, dans cet évangile, des tentations au désert, où les sirènes du monde lui sont présentées de façon séduisante. Nous les entendons nous aussi, ces tentations, lorsqu’on nous dit : « A quoi bon, tout est perdu. C’est une goutte d’eau dans l’océan. Pense d’abord à toi. Et surtout…profites-en bien ! » Nous sommes ici face à l’exigence de l’Evangile qui ne souffre aucun regard en arrière, aucune tiédeur mais une détermination sans faille. Le texte évoque ici, parce que c’est la même expression qui est employée, le chant du serviteur souffrant d’Isaïe : « Je ne me suis pas dérobé… j’ai rendu mon visage dur comme pierre, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 7) Au nom de l’Evangile, nous devons être courageux et ce courage dont il est question, nous devons le vivre bien sûr à l’occasion des grands appels, des grands décisions, mais nous devons surtout le vivre dans la vie quotidienne. C’est finalement assez facile de prendre des grandes décisions dans le feu de l’action, mu par une force intérieur qui se fait impérieuse. C’est beaucoup plus difficile dans le quotidien où Dieu nous attend. L’héroïsme d’un geste de charité ; le courage d’une parole de bienveillance ; la force de ne pas tomber dans le jugement facile. La détermination à aimer, à servir, à être généreux…sans compter. J’aime la loi scoute et cette belle pédagogie du don de soi qui nous invite à vivre dans le quotidien, le message de l’Evangile. En nous donnant dans les petites choses, nous apprenons à nous donner dans les grandes. Les choix importants sont toujours préparés par notre attitude quotidienne. Nous choisirons Dieu, au moment de la grande rencontre, si nous le choisissons, même implicitement, dès aujourd’hui. Alors ne perdons pas de temps. Soyons courageux, comme Jésus dans l’Evangile. Ne nous dérobons pas. Choisissons d’aimer, au-delà de nous-mêmes, à l’exemple de Jésus. Alors nous serons heureux, d’un bonheur exigeant, certes, d’un bonheur qui ne refuse pas, parfois, la sueur et le sang, mais d’un bonheur qui nous saisit tout entier et qui dure toujours. Ce bonheur là, il a été vécu par la Vierge Marie, et avec elle par tous les saints. Son secret se trouve dans l’Evangile, dont notre démarche jubilaire n’est finalement qu’un résumé. L’Evangile d’aujourd’hui n’est que la mise en pratique, par Jésus, de ce qu’il disait un peu avant : « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais…Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent » Dans un monde où le jugement est partout, le replis sur soi est souvent une philosophie de vie. Dans un monde qui manque cruellement d’espérance, il est urgent que nous mettions la main à la charrue, que nous soyons déterminés, à la suite de Jésus, à vivre vraiment ce que Jésus nous propose, que nous soyons déterminés à espérer contre toute espérance, à aimer au-delà de nous-mêmes, à choisir résolument les voies de la sainteté et de l’amour. Amen.