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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Ta vie, tu l'as déjà donnée

Homélie du père Emmanuel Gobilliard le 31 juillet 2016, hommage au père Jacques Hamel

Frères et sœurs, exceptionnellement, je vais assez peu commenter les lectures du jour, pour revenir sur le tragique événement de cette semaine. Revenons sur les faits. Mardi matin, le père Jacques, comme tous les jours depuis presque 60 ans allait célébrer la messe, qu’on appelle aussi le sacrifice de la messe. Dans ce sacrement, nous commémorons l’offrande du Christ, qui a tout donné, jusqu’à sa vie, par amour pour chacun de nous. La célébration de la messe est le renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix. Non sanglant…habituellement. Ce mardi ce renouvellement s’est révélé tristement sanglant. Le père Jacques ne pensait pas, en se levant, ce mardi matin qu’il célébrerait cette messe dans le sang, en allant jusqu’au bout du sacrifice de sa propre vie. Tous ceux qui le connaissent disent de lui qu’il était un homme simple, attaché à la simplicité. Il n’y avait rien de brillant en lui, rien de factice, rien de mondain. Cela me rappelle ce passage du livre d’Isaïe qui dit du serviteur souffrant : « Il n'était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n'avait rien pour nous plaire » Jésus ne s’impose pas à nous par une puissance extérieure, par un discours brillant, par une habile manipulation, par une attitude démagogique. Il ne dit pas ce que tout le monde veut entendre, mais il éduque par sa simplicité, par son exemple, par sa liberté intérieure. Cela me rappelle aussi un passage du film « des hommes et des dieux ». Au moment où la question de rester en Algérie ou de quitter  le pays se posait pour les moines, devant les doutes bien compréhensibles du frère Christophe, frère Christian lui dit : « mais ta vie, tu l’as déjà donnée  !  » Sa vie, le père Jacques l’avait déjà donnée, à chaque fois qu’il allait célébrer la messe pour quelques personnes, à chaque fois qu’il allait discrètement visiter les malades, à chaque fois qu’il pardonnait au nom de Dieu, ou en son nom, à chaque fois qu’il reprenait contre les sirènes du monde l’appel de Jésus à aimer par-dessus tout, à aimer même nos ennemis et ceux qui nous font du mal, à pardonner, à consoler ! Au cœur même du sacrifice de la croix, le Christ a dit « Père pardonne-eur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Cette phrase m’est revenue, lancinante, dans le cœur, alors que j’apprenais cette terrible nouvelle de l’assassinat sauvage du père Jacques. Il faut aller jusqu’au pardon. Ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils se croient libres alors qu’ils sont esclaves de leurs passions. Ils se croient libres alors qu’ils se soumettent à un fou qui les manipule et qui ne croit en rien. Ceux qui les dirigent les méprisent, les utilisent pour assouvir leur désir de pouvoir, leurs ambitions financières et politiques. Dieu n’a rien à voir là-dedans, mais parce qu’ils sont dans la souffrance, peut-être parce qu’ils ont été humiliés, ils sont sensibles à ces discours identitaires qui sont des discours de lâches. Mes amis vous voulez savoir comment nous devons réagir, si nous sommes chrétiens. Et bien nous devons réagir comme le Christ. Chez nous aussi il y a des personnes qui n’ont pas assez la foi, qui sont chrétiens pour des raisons plus politiques que spirituelles et qui, n’ayant aucune force intérieure, aucune vie spirituelle, s’imaginent que leur identité chrétienne leur permet de se mettre au service de la même idéologie de mort, de division et d’exclusion. Ils sont chrétiens sans le Christ, chrétiens sans l’Evangile. Mes amis si vous voulez réagir aux récents événements en tant que disciples du Christ, il va falloir avoir beaucoup de courage. Le courage, ce n’est pas de crier fort, c’est d’imiter celui qui est notre Dieu, c’est de le suivre jusqu’à la croix. Comme citoyen, comme français, ce n’est pas à moi de vous dire comment il faut réagir, comment il faut agir. Comme Chrétien si ! Si vous voulez réagir comme un chrétien, il n’y a qu’une seule façon de réagir. Imiter Jésus ! Quand je lis l’Evangile, Je ne lis pas beaucoup de paroles de vengeance, de haine, de rejet et d’exclusion dans la bouche de Jésus. Je lis en revanche des paroles de miséricorde et de pardon. Si vous voulez être témoins du Christ, en particulier dans la période troublée que nous vivons, il n’y a plus le choix. Il n’y a qu’une seule voie possible. La sainteté ! Soyons des disciples du Christ, comme l’ont été Jean Baptiste dont la tête a été tranchée et les martyrs de Lyon, Maximilen Kolbe, Edith Stein et les moines de Tibhirine, comme l’a été le père Jacques et de nombreux frères d’orient. Opposez à la vengeance, le pardon, à la haine la charité, à la violence la douceur. Soyez des hommes et des femmes libres ! Mardi, l’homme libre n’était pas celui qui vociférait, debout, au nom de Dieu, mais celui qui se taisait, à genou, en suivant humblement celui qu’il avait suivi toute sa vie, Jésus le Prince de la paix. Ecoutons-le nous dire dans l’Evangile « Soyez riches en vue de Dieu », c’est-à-dire soyez riches dans votre cœur. Notre cœur s’enrichit à mesure qu’il se donne, à mesure qu’il pardonne, à mesure qu’il aime, même ceux qui lui font du mal, à mesure aussi qu’il se laisse aimer par celui qui est la source de tout amour. Notre espérance, notre liberté, c’est que rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ. Notre vie, donnons-la dès maintenant, humblement et simplement, en priant, en aimant, en nous donnant. Alors, lorsque la mort viendra frapper à notre porte, quelles qu’en soient les circonstances, dans la maladie ou dans la vieillesse, de façon brutale, de façon tragique ou dans la douceur, nous serons libres et confiants, même si nous souffrons, parce que nous aurons rendu le témoignage de l’amour. N’ayons pas peur, parce que, où que nous allions le Christ est toujours en face de nous, dans la figure du frère, dans le regard du pauvre, dans la détresse de celui qui est révolté et même, mystérieusement, dans l’homme pécheur qui le refuse et le combat, et même dans celui qui le tue. N’ayons pas peur parce qu’il est vainqueur de la mort. Sa vie en nous, personne ne pourra nous la retirer parce qu’elle est éternelle. Amen