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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay

Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour le dimanche 20 septembre 2015 cathédrale du Puy

procession de l'Evangile

Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous

Dans les lectures d’aujourd’hui, deux comportements s’opposent : dans la première lecture le comportement du juste et celui de l’impie, dans la deuxième le comportement de celui qui cède à ses instincts animaux, de rivalité, de jalousie et de convoitise et le comportement du sage qui est pacifique, bienveillant, conciliant, plein de miséricorde, sans parti pris ni hypocrisie ; en fait celui qui se laisse guider par l’Esprit de Dieu. Dans l’Evangile, même opposition entre celui qui se sert lui-même et celui qui se fait serviteur, entre celui qui se sert des autres et celui qui sert les autres, entre l’orgueil aussi et l’humilité. En entendant toutes ces lectures nous pouvons, tout d’abord nous demander de qui elles parlent. Qui est l’impie qui ne supporte pas l’attitude du juste ? De qui le Seigneur parle –t-il lorsqu’il évoque le jaloux, celui qui convoite, tous ceux qui agissent pour satisfaire leurs instincts ? Vous pensez peut-être déjà à certaines personnes sans scrupules qui ne pensent qu’à écraser les autres, qui sont intéressées avant tout par l’argent ou par leurs petites satisfactions personnelles. Vous vous dites peut être : « Par chance, ou par grâce le Seigneur nous préserve de tout cela. Nos valeurs chrétiennes nous empêchent de sombrer dans ces excès ». Pourtant, dans l’Evangile, ce n’est plus aux pharisiens que le Seigneur s’adresse, mais bien aux apôtres. Tous sont en train de marcher, en traversant la Galilée et Jésus les prépare à accueillir le salut, c’est-à-dire à vivre le mystère de la croix. Il leur annonce qu’il va donner sa vie, souffrir, être livré et mourir. C’est une invitation à le soutenir, mais c’est aussi une invitation à prendre avec lui ce chemin de la croix, le chemin du don de soi, de l’oubli de soi, de l’humilité et du service, le chemin de la fécondité qui s’éloigne parfois de celui de l’efficacité. Les apôtres alors discutent entre eux, pour savoir qui serait le plus grand. Ils n’ont absolument rien compris ! Ils en sont restés à un messianisme temporel et un peu trop politique. Vous savez ils sont un peu comme les proches d’un président de la république pas encore élu qui se partagent déjà les portefeuilles ministériels.

Les impies, ici, ce sont donc les apôtres eux-mêmes ; ceux-là même qui vont donner leur vie par amour, ceux qui vont mourir martyres, ceux sur qui repose notre foi, les piliers de l’Eglise. N’oublions pas que les deux plus grands d’entre eux : saint Pierre et saint Paul, les deux colonnes de l’Eglise sont un traitre et un assassin. Le chef des apôtres est celui à qui Jésus  a dit : « passe derrière moi Satan !»

Eh oui, les saints n’ont pas toujours été saints et je me méfie un peu de ces saints, la sainte Vierge mise à part qui, dès leur plus jeune âge étaient dans la louange de Dieu, priaient le Seigneur avec ferveur, jeûnaient le vendredi et ne disaient jamais de mal de leur prochain. J’ai peur qu’ils aient été un peu trop portés aux nues par leur entourage au point qu’ils risquent de ne jamais être canonisés. L’Eglise ne se laisse pas si facilement berner ! Oui nous avons besoin de saints qui nous ressemblent, comme les apôtres justement. On a l’impression qu’ils ont fait toutes les bêtises de la terre, qu’ils sont tombés dans tous les pièges, de l’orgueil, de la faiblesse, de la trouille et de la lâcheté, de la présomption etc… Alors qui sont les impies dont parle l’Ecriture ? J’imagine que vous me voyez arriver au tournant et vous vous dites : ça y est, on va encore se faire enguirlander par le père Emmanuel qui va nous dire : « les impies, c’est vous » ! Eh bien non, je ne vais pas vous le dire, parce que cela serait faux. Les impies ce ne sont pas non plus les autres, ce serait trop simple. De la même manière que les saints ce ne sont pas les apôtres, en tout cas dans l’Evangile d’aujourd’hui. Rassurez-vous, ce n’est pas vous non plus ! En fait, il n’y a pas les bons et les méchants. Nous ne sommes pas dans un western spaghetti où le monde est simple, où les impies ont une sale tête, l’œil fourbe et crachent par terre avec dédain. Le monde n’est pas binaire, il n’est pas tout blanc, ni tout noir. Nous-mêmes, comme les apôtres, nous ne sommes ni tout blanc, ni tout noir, nous ne le sommes pas non plus en alternance : nous sommes en permanence gris. Parfois nous sommes plutôt gris-blancs, ou gris-noirs. Nous passons par tous les dégradés de gris mais globalement nous restons gris. Et pourtant nous sommes saints depuis notre baptême, et nous sommes appelés à le devenir de plus en plus. Le saint c’est celui qui est mû par l’Esprit de Dieu, c’est celui qui se laisse approcher par Jésus, toucher par lui. La phrase clé de l’Evangile d’aujourd’hui c’est : « de quoi discutiez-vous en chemin ? » Le Seigneur s’approche, il s’invite dans nos discussions, il s’introduit dans nos vies avec douceur et délicatesse. C’est alors seulement qu’il peut nous entraîner à sa suite, plus ou moins progressivement selon notre histoire, notre caractère. Il y aura toujours des impulsifs comme saint Pierre, qui quittent tout pour le suivre et qui se plantent avec la même vitesse. Le Seigneur les aime bien ces sanguins ! Il saura faire de leur orgueil un levier, pour qu’ils donnent tout. Eh oui, même si vous êtes orgueilleux, il y a de l’espoir, à condition de vous laisser toucher par Jésus. Il y aura aussi toujours des saints Jean, plus doux, plus purs, plus patients. Les Seigneur les aime bien aussi. Le secret, c’est d’inviter Jésus dans nos discussions, de l’inviter dans nos vies, de ne pas le reléguer à un rang de spectateur passif. La sainteté, c’est de se laisser approcher par lui, enseigner par lui, réprimander par lui, encourager par lui ; Aujourd’hui il nous invite au service. Il nous invite à le suivre, à ne pas avoir peur de souffrir par amour. Parce que, même si nous restons globalement gris, le Seigneur nous veut quand même tout blanc et le meilleur moyen pour nous d’y arriver, c’est de le faire à sa façon. La nôtre est trop binaire. Nous prenons des grandes résolutions, nous nous prenons pour des saints un jour, pour les pire des pécheurs l’autre jour. Dieu est patient et surtout il veut que nous le laissions faire. Il faut juste que nous le laissions marcher à nos côtés, avoir l’humilité de croire que nous n’avons pas la solution. La vérité, c’est lui ! Et parfois la vérité nous surprend. Alors qu’est-ce que cela signifie l’accueillir, le laisser s’approcher ? Cela signifie le laisser visiter nos vies, et toute notre vie ; lui demander conseil dans mon travail, l’inviter à trouver une solution à mes difficultés familiales, vouloir qu’il s’intéresse à mes loisirs, à mes détentes, ne pas l’oublier à l’occasion des vacances. Cette présence de Jésus à nos côtés, elle passe par la prière, par les sacrements, par la direction spirituelle, par certains petits gestes faits parfois machinalement mais qui rythme la journée, comme le bénédicité, la prière de la route, la dizaine de chapelet lorsque je me déplace, la petite oraison intérieure lorsque je rencontre une personne qui souffre. Si je sais vivre avec Jésus, Lui saura me transformer, avec douceur et en prenant appui sur ce qu’il m’a donné : mon caractère, ma vocation, les circonstances, et même mes défauts et mon péché. Il m’apprendra à faire de chaque péché un tremplin vers un plus grand amour. Jésus est doux et humble de cœur. Il sait réprimander lorsque c’est nécessaire mais toujours il trouve en nous une solution, parce qu’il nous aime, bien plus que nous ne nous aimons nous-mêmes, parce qu’il veut notre bien et parce que ce bien passe toujours d’une manière ou d’une autre par l’esprit de service et la simplicité. La vérité de notre relation à lui, notre sanctification, elle se vérifie dans la façon dont nous aimons les autres et dont nous les servons. Soyons saints, mais à sa façon ! Amen

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